Lettre ouverte en faveur des séries littéraires

Lettre ouverte en faveur des séries littéraires

     Lorsque j'appris mes notes aux épreuves anticipées de français, moi qui allais passer en TL, je constatai plusieurs réactions autour de moi. Mais la plus surprenante fut sans conteste un mail qu'un ami m'envoya et dans lequel il me dit que ma place aurait du être en TS. Un manque total de logique !

     Tout d'abord, il me faut attaquer cette idée défendue pour certains et pourtant sans fondement : La S n'est pas destinée aux meilleurs mais aux scientifiques !

     Les notes que j'ai eues en français, si hautes soient-elles, approuvent au contraire que j'ai parfaitement ma place en série littéraire et non en scientifique, série qui, par expérience, méprise le français et autres matières littéraires. Pour autant, cela ne veut pas dire que chaque élève qui s'y trouve y a sa place. C'est évident, les érudits de chimie ou de mathématiques n'ont rien à faire en L ou ES mais sur une classe de trente élèves, combien le sont ? Un tiers, je pense. Que font donc en S les vingt autres élèves ? Ils y sont pour de mauvaises raisons dont la plus courante est la pression des parents pour qu'ils rejoignent ce qu'ils pensent "l'élite" et non les classes dites, si ce n'est de bas niveau, de niveau inférieur alors que leurs notes en cette série ne vont cesser de descendre à cause des exercices requis qu'ils ne savent pas maîtriser. Bien sûr, cette attaque que je fais aux "faux élèves de S" vaut bien sûr voire plus pour ceux qui se trouvent en L dont les raisons sont parfois encore plus sombres. La première est un faible niveau en mathématiques, matière dont l'enseignement en S ou ES occupe beaucoup d'heures alors qu'elle se réduit à 2h dont 1h en module en L et que le bac est à la fin de l'année de première, dispensant ainsi les élèves de maths en terminale (si ce n'est ceux qui ont pris les mathématiques en enseignement obligatoire et qui ne sont pas évidemment les élèves dont je parle précédemment). Autre raison et cette fois écoeurante, due à une intervention professorale ou pire de celui qui doit encadrer l'orientation des élèves, le COP, ce que j'ai pu constater dans mon lycée. En effet, les professeurs des matières sicentifiques ont une influence prépondérante en seconde (soit dit en passant, seconde qualifiée générale alors qu'elle est davantage un travail de préparation pour rentrer en 1S) et ne voient que pour les meilleurs élèves la série scientifique. De ce fait, moi-même ai du me battre pour rejoindre la 1L. Et dans l'autre sens, ils enjoignent les élèves sans orientation particulière de rejoindre la 1L, devenue "classe de garage". Le COP se doit impartial et juger les qualités de l'élève et pourtant envoie chaque année plusieurs élèves en S alors qu'ils n'en ont pas les bagages et en L justement parce qu'ils n'ont pas de bagages. C'est à une telle répartition que la série littéraire doit sa mauvaise réputation car on y retrouve des gens sans avant goût pour quelque matière littéraire. En outre, la 1L regroupe davantage des gens passionnés pour les langues ou les arts, d'où une diversité littéraire qui bien sûr affaiblit la série en elle-même. Par là, j'entends que je ne parle pas aux élèves des séries car leur répartition est subjective mais aux séries elles-mêmes et à ceux qui les déterminent de quelque façon que ce soit.

     Revenons un peu dans le temps, au XIXème siècle, à l'époque où le bac littéraire était le bac par excellence et que chaque érudit passait, même pour pratiquer la médecine. Je ne prends pas position pour de telles méthodes. Si le bac littéraire est en effet le plus complexe par l'exercice intellectuel qui lui est demandé, il est inutile et absurde que ceux qui n'envisagent pas une carrière littéraire le passent. Mais aujourd'hui, les rôles ont été inversés. Chacun doit tenter le bac scientifique même s'il rejoint une prépa littéraire après alors qu'il a perdu une année de français en TS et fait des exercices scientifiques qui ne lui servent strictement à rien par la suite. Et là, je constate la même absurdité que ceux qui la constataient à mon premier propos ci-dessus. La vérité est là : les classes sont réparties par orientation, non par niveau intellectuel. On peut expliquer cette superbe des S par l'innovation industrielle dont a fait preuve le XXème siècle et qui a passionné plus d'un jeune pour la science. Mais la véritable raison est comme je l'ai expliquée plus haut : cette superbe scientifique n'est qu'une image véhiculée excessivement par les COP et autres professeurs principaux qui réussissent à dissuader même les plus motivés d'entrer en L. Mais ma stupeur attint son paroxysme lorsque j'entrai en classe de terminale. Ayant choisi l'option latin, je rencontrai une fille venant de Guadeloupe. Elle m'y apprit qu'elle avait contrainte de rejoindre la S car être la L en Guadeloupe équivalait totalement à une classe faite pour les plus faibles, inadaptée pour les élèves les plus motivés. C'est ce qui risque d'arriver d'ici quelques années en métropole si les lycées poursuivent dans cette voix ! Résultat, cette élève accumulait les notes médiocres en sciences alors qu'il était évident qu'elle se débrouillait mieux dans les matières littéraires. Là encore, le travail de motivation opéré s'est révélé insuffisant. Et c'est là que le bas blesse car le travail d'un COP n'est pas de dissuader (ni de persuader d'ailleurs) mais de conseiller. A ce même ami, je lui conseilla l'article "Bac L" de Wikipédia, et en particulier l'article "La baisse constante des effectifs en série littéraire". Les chiffres sont impressionnants : la série littéraire a vu une baisse de 28 % de ses effectifs depuis 1989. Comment le gouvernement a-t-il voulu la pallier ? En mettant en avant les enseignements artistiques qui ne sont pourtant que secondaires das cette série, et ce, dès la primaire en instaurant des enseignements d'histoire de l'art. Le français déroute-t-il tellement de gens ? Heureusement, une telle division a été remarquée par le président de la République en personne, Nicolas Sarkozy. Reste à savoir la valeur des réformes proposées ...

     Sur ce, je concluai mon argumentation par un exemple concret en réponse au mail envoyé par mon ami. Lui qui me voyait comme un parfait S, il savait pourtant que SVT et chimie m'ennuyaient. Si l'on part du principe presque utopique aujourd'hui que la répartition se fait sur profil, comment imaginer un seul instant qu'un élève détestant ces matières puisse aller en S ? Pourtant, c'est ce qui se fait chaque année : tel est le prix à payer pour rejoindre la "classe de luxe". De même, comment ne pas imaginer un élève ayant un tel attrait pour le français ne pas aller en L ? En S, certes il accroîtra sa culture générale dans les domaines scientifiques mais il perdra une année de français cruciale s'il continue dans cette voie, année où l'on s'exerce à la dissertation d'oeuvre plutôt qu'aux logarithmes.

     Fort de cette argumentation qui, je le conçois, a certainement effrayé mon ami qui m'envoyait un mail amical, j'attends sa réponse. En effet, sa première réaction est l'étonnement d'un tel développement sur mon avis. Mais commenter un texte n'est-il pas le propre d'un L qui se respecte ? Deuxième phrase, il a le culot de répondre qu'il reste sur son opinion. Comment le justifie-t-il ? Par la quantité de travail qui est aussi source de séparation entre L et S, un calcul très approximatif du nombre de matières passées au bac, par le fait qu'il est possible de prendre des options linguistiques en S et par l'éternel refrain de meilleures chances de carrière en S. Et il conclut en affirmant que les L sont une classe réservée à ceux qui sont mauvais en sciences !!!

     Reprenons et démontons ses arguments point par point. Premièrement, et même si son avis est erroné, je loue le fait qu'il ait su rester sur son opinion. Un interlocuteur obstiné renforce le rôle de toute argumentation. Parlons maintenant de la quantité de travail qui fait généralement office de comparaison entre S et L. Les S ont beaucoup de travail à la maison, des exercices de chimie et maths en tout genre. Les L ont moins de travail. Voilà à quoi s'arrêtent les observateurs les moins minutieux. Pourtant, leur analyse est tristement incomplète. Examinons le travail des S : aucune réflexion personnelle, peut-être vingt exercices par semaine où les équations se répètent : symbole de l'exercice requis en S. L'élève qui a bien appris ses leçons décernera toujours l'excellence sans pour autant être cultivé. J'en ai fais l'expérience en seconde auprès d'une fille cumulant les exploits scientifiques mais ignorant la plus simple règle d'orthographe et qui a connu les lauriers, ayant été interrogée par le journal local le jour du bac. Évidemment, certains ont de la mémoire, d'autres pas et c'est à coup d'exercices assommants que les professeurs pensent les forcer à retenir la façon de faire. Alors, certes, les S ont plus d'exercice mais la réflexion requise est minimale et avoir écouté en cours simplifie le problème, ce qui montre en revanche le sérieux de cette élève scientifique que je ne remets en aucun cas en doute. Quant aux L, ceux qui voudraient qu'ils aient plus de travail, qu'ils nous expliquent comment écrire quelque commentaire ou dissertation pour le lendemain ! La réflexion requise en L est d'une autre mesure que dans les autres séries, d'autant qu'apprendre par coeur ne veut rien dire et ni le 0, ni le 20 ne sont assurés à chaque devoir. Il est impossible de ramener un exercice à la maison car les exercices littéraires prennent du temps et du mental. Faut-il donc préférer des exercices excessifs et répétitifs ou rares ou réflexifs ?

     Les épreuves anticipées du bac littéraire ont de quoi en étonner plus d'un car elles contiennent les matières scientifiques. Pourtant, cela ne signifie en rien que les L ont moins d'épreuves à passer. Ils passent ainsi les mathématiques comme toute autre série mais un an avant. Certes, le reste des épreuves scientifiques sont combinées en une ce qui nous fait mathématiquement un examen de moins à passer mais les S ne passent aucun bac de littérature, ce qui ramène en quelque sorte les compteurs à zéro. Enfin, ceux qui voient dans les épreuves anticipées une diminution du travail en terminale se trompent lourdement. Le prouvent à elles seules les 8 heures de philosophie imposées aux L ou les 4 heures de littérature. Je ne commenterai même pas la possibilité de prendre des options langue : il ne sert strictement à rien de les prendre en S. Ceux qui le font se sont trompés de série ou peut-être été persuadés contre leur avis initial d'aller en S. Restent aussi les scientifiques avérés également doués en langue et souhaitant des points en plus pour le bac mais il est inutile de préciser qu'ils sont peu mais méritent à coup sûr tout notre respect. Enfin, les chances de carrière en S sont en effet multiples à cause de la société qui est comme mon ami bornée dans son éloge des S. Néanmoins, suivre des études littéraires ou linguistiques après un bac S ne sera pas impossible mais que de choses à rattraper pour les courageux !

     Enfin, je conclurai par la dernière phrase de mon ami, d'une fausseté infligente et à connotation élitiste et insultante : "la classe littéraire est réservée à ceux qui sont mauvais en science". Encore aujourd'hui, je me demande comment sa pensée peut-elle être aussi loin de la vérité ? Par cette phrase, il ne s'est pas non seulement trompé mais a aussi annulé la répartition par profil et affinités des filières pré-bac et les a réduites aux classes + et - . Les classes + et - ne sont pas une mauvaise idée dans le fond : les meilleurs ensemble, ceux qui ont plus de difficultés ensemble ! Non, ce n'est pas enfoncer ces derniers, mais c'est adapter la vitesse de travail aux élèves de la classe. Mais là n'est pas le débat. Si la classe - existe réellement, elle est synonyme selon lui de la L et donc la "non-excellence" est synonyme de littérature et l' "excellence" synonyme de science ! C'est une attaque à la littérature de la part d'une personne qui ne l'aime pas ! Deux solutions se dessinent alors : redynamiser la répartition par caractère ou les annihiler pour mettre en place ces classes élitistes ! Et cette solution pose de nouvelles contradictions : pourquoi imposer aux meilleurs un programme rempli de chimie et aux autres un programme basé sur la littérature ? Non, les L sont réservés aux caractères littéraires, les S aux scientifiques. Il ne devrait exister aucune voie dite de garage et mon ami devrait ressentir plus de honte qu'autre chose en disant cela. Il y a des meilleurs en scientifique, des meilleurs en littérature, des meilleurs en économie et aussi des moins bons, des mal orientés dans ces mêmes séries. Il faut mettre fin à l'image véhiculée par les COP et les profs de science !

     Je conlurai cette lettre ouverte par l'espoir de vous avoir ouvert les yeux sur la réalité des filières et de ce qui se passe dans les lycées pour les détourner de leur sens initial. Nicolas Sarkozy a proposé avec raison une glorification du bac L. La société voit en effet dans le bac S le bac dans l'excellence alors qu'il est très abordable à qui apprend ses leçons et est, bien entendu, sérieux. Cependant, la société elle-même ne serait-elle pas effrayée par le bac L à tel point qu'elle fait tout pour le décribiliser ? Il est hors de question que j'effectue une analyse sociale mais mon constat est des plus pertinents et rend compte d'une véritable "perversion des filières" avec beaucoup plus d'inconvénients que d'avantages ...

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